Rachelle Okpinto: la radio dans le sang

Rachelle Okpinto: la radio dans le sang
12 mars 2026
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À Natitingou, dans les années 2000, il y avait un poste de radio dans la maison familiale des Okpinto. Quand le père l'allumait, la petite Tenè Rachelle s'arrêtait. Elle ne voulait plus bouger. Son frère Okpinto Ntcha s'en souvient encore avec tendresse :

« Quand le papa met la radio, elle écoute, elle ne veut pas laisser. »

Ce n'était pas une distraction parmi d'autres. C'était déjà une vocation qui s'installait, silencieusement, dans l'oreille d'une enfant.

Née en 1998 dans cette ville du nord-ouest du Bénin, Rachelle grandit entre les montagnes de l'Atacora et la langue ditammari, celle de ses ancêtres. Elle fait ses études primaires à l'EPP de Ouroubouga, son BEPC au CEG 3 de Natitingou, son baccalauréat en série A2. Puis, comme guidée par cette voix entendue dans l'enfance, elle prend la route de Boukoumbé et de Dinaba FM.

19H55 : LE BASCULEMENT

Il y a des soirs qui forgent une journaliste. Rachelle en a vécu un mémorable, presque cruel dans son timing. Ce jour-là, elle doit animer une table ronde en direct. Elle a tout préparé en français : les thèmes, les questions, les transitions. À 19h45, ses invités arrivent. À 19h50, le briefing est bouclé, tout le monde est prêt. À 19h55, cinq minutes avant l'antenne, le chef de programme l'appelle. L'émission sera diffusée en Ditammari. « Venez me voir en ce moment. » Elle rit encore en le racontant, de ce rire qui masque à peine le vertige de l'instant. Tout ce qu'elle avait soigneusement articulé en français devait être retraduit, repensé, reformulé dans la langue des montagnes. En cinq minutes. Elle entre en studio. L'introduction est difficile. Elle se lance quand même. Et quand, à la fin de l'émission, elle s'entend dans le retour audio, elle n'en revient pas :

« Est-ce que c'est moi qui ai réalisé cette émission ? »

La surprise de se découvrir capable au-delà de ce qu'on croyait, c'est peut-être ça, la définition la plus juste du talent.

LA LEÇON DE L'ENREGISTREUR

L'autre histoire que Rachelle raconte volontiers, c'est celle qui lui a appris la rigueur, à la dure. Un événement culturel à Boukoumbé. Elle arrive sur place, dépose son enregistreur allumé, et s'installe pour suivre les allocutions. Ce qu'elle ne vérifie pas, c'est que l'appareil, lui, a déjà rendu l'âme. Une seule phrase du président du comité d'organisation sera capturée. Une seule. Revenue à la radio, elle écrit son papier de mémoire, elle était là, après tout. Mais au moment de monter l'élément sonore, c'est le vide. Son rédacteur en chef est furieux. Le temps est passé. Il n'y a plus rien à faire.

« Depuis ce jour, je m'apprête toujours à temps. Je m'apprête toujours et correctement. »

Une phrase courte, prononcée sans drama. Mais derrière elle, la maturité tranquille de quelqu'un qui a transformé une erreur en méthode.

FACE AU MICRO : ICI, C'EST POUR MOI

Demandez à Rachelle Okpinto ce qui la rend fière, elle vous répondra par une image :

« Quand je suis en face du micro, je suis très fière. Je me dis, ici, c'est pour moi, il faut que je le présente. »

Cette appropriation du micro, ce sentiment que l'antenne lui appartient le temps qu'elle parle, est au cœur de son identité professionnelle. Elle aime aller en reportage, collecter des éléments sur le terrain, revenir à la rédaction et faire un papier en bonne et due forme. Et quand elle s'entend ensuite à l'antenne, la satisfaction est entière, sans réserve. Son nom d'antenne dit tout de cette posture : l'hippie tchao, la foi qui touche les communautés. Une formule qui mêle liberté de ton et ancrage local, le style décomplexé de quelqu'un qui a appris à habiter l'air de la radio comme un territoire familier.

CELLE QUI TRANSMET

Mariée, mère de trois enfants, Rachelle Okpinto aurait pu se contenter d'assumer seule cette charge. Elle a choisi d'y ajouter celle de former ses collègues. Une secrétaire-caissière de Dinaba FM en témoigne avec une reconnaissance non feinte. Lorsque des responsabilités de production lui ont été imposées, bien loin de son domaine initial, elle s'est tournée vers Rachelle:

« Toutes les fois que j'ai un souci, elle a toujours répondu. Elle n'est pas fatiguée que je lui repose la même question. »

Même les bases, l'écriture, la structure d'un papier, Rachelle les a enseignées avec une constance rare, sans impatience, sans condescendance. Sa collègue conclut simplement : « Je suis vraiment fière de collaborer avec elle. »

Et c'est peut-être là, dans cette transmission quotidienne et discrète, que réside l'autre dimension du métier de Rachelle : non seulement porter la voix des communautés de l'Atacora, mais former celles qui prendront le relais. Tenè Rachelle OKPINTO est journaliste et animatrice à Dinaba FM, radio communautaire de Boukoumbé (département de l'Atacora). Elle parle et écrit le Ditammari et le français. Elle est membre de la Fédération des Radios Communautaires et Assimilées du Bénin (FeRCAB).

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