« Je peux mourir en paix et raconter ce que j'ai vu à mes ancêtres au séjour de la mort. » — Une auditrice d'Ahouada, après avoir rencontré Tchatchamanie
Sept kilomètres à pied pour une voix
Il y a des voix qui traversent les murs. Celle de Mélanie ATCHAHOWE traverse les forêts, les hameaux, les champs et les cœurs de tout le Couffo, et cela, depuis plus de trente ans. Un jour, dans le village d'Ahouada, commune de Lalo, après l'enregistrement de l'émission itinérante « Atchakpodji », une vieille dame s'est présentée, essoufflée. Elle avait parcouru sept kilomètres depuis son hameau — à pied — pour mettre un visage sur la voix qu'elle écoutait chaque jour à la radio. Elle criait dans la foule : « Qui est Tchatchamanie là ? Montrez-moi la dame ! », alors qu'elle se tenait juste à côté d'elle. Quand Mélanie s'est révélée, la vieille l'a embrassée et lui a dit, les yeux pleins de larmes, qu'elle pouvait désormais mourir en paix.
Ce jour-là, Mélanie a compris que sa voix ne sortait pas simplement d'un micro. Elle entrait dans la vie des gens.
Tchatchamanie : un nom donné par le peuple
À l'antenne, elle se présente sous son vrai nom : ATCHAHOWE Mélanie. Mais la prononciation populaire, passée par l'oreille des auditeurs fon, a transformé ce nom en quelque chose de plus musical, de plus intime : Tchatchamanie.
Ce n'est pas un nom de scène qu'elle a choisi. C'est un nom que les auditeurs lui ont donné, un baptême populaire, né de l'écoute et de l'affection. Mélanie l'a adopté avec bonheur, comme une reconnaissance. Un samedi soir, lors de son émission « Le Concert des auditeurs », elle a annoncé à l'antenne qu'elle avait « refait son acte de naissance » et que désormais, elle s'appelait officiellement Tchatchamanie.
Depuis, chaque prise d'antenne commence ainsi : « ATCHAHOWE Mélanie Tchatchamanie ».
Trente-deux ans de micro, un seul cap
Née en 1965 à Ahogbèya, dans la commune de Klouékanmè, Mélanie est entrée à la Radio Rurale Locale de Lalo en 1994, il y a trente-deux ans. Elle n'en est jamais repartie.
En 1994, les radios communautaires du Bénin en étaient encore à leurs balbutiements. C'est le CIERRO — le Centre Interafricain d'Études en Radio Rurale de Ouagadougou, qui l'a formée cette année-là, avec les premiers techniciens et animateurs de la radio. L'année suivante, elle était déjà en Guinée Conakry pour une formation sur la scolarisation des filles. Puis l'Institut des Droits de l'Homme en 1997. Le CIERRO à nouveau en 1998. La Côte d'Ivoire la même année. Ottawa au Canada en 2001. Le Togo, le Mali, le Bénin encore et encore, à chaque fois pour apprendre, se perfectionner, revenir plus forte.
À Radio Lalo, elle a gravi tous les échelons : responsable de la documentation et des archives de 1996 à 2004, chef du service information de 2004 à 2005, chef du service des programmes de 2012 à 2017, et depuis 2017, chef du service production, le poste qu'elle occupe encore aujourd'hui, à soixante et un ans.
Parallèlement, Mélanie s'est engagée dans le mouvement des femmes de la radio communautaire. De 2006 à 2011, elle a coordonné le RIF–AMARC–Bénin, le réseau des femmes de l'Association Mondiale des Radiodiffuseurs Communautaires. Elle est aussi vice-coordonnatrice du RefeRCAB, le réseau des femmes de la FeRCAB.
Ce parcours n'est pas celui d'une femme qui a eu de la chance. C'est celui d'une femme qui n'a jamais lâché prise.
Le réveil qui répare les foyers
Chaque matin, pendant quarante-cinq minutes, Mélanie anime le « Réveil matinal » sur Radio Lalo, une émission de conseils, de sagesse et de parole libre qui est devenue bien plus qu'un programme radio. C'est un rendez-vous de vie.
Un vendredi matin, après l'émission, un homme de Toffo l'a appelée. Il lui a dit simplement : « Ma chère mère, je viens à Lalo vous rencontrer aujourd'hui. » À treize heures, il était là, avec son épouse. Leur couple était en crise depuis quatre ans et demi. Les familles des deux côtés avaient multiplié les réunions de médiation. Rien n'avait fonctionné. Mais ce matin-là, un conseil entendu dans le Réveil matinal avait fait ce que des années de palabres n'avaient pas réussi : les réconcilier.
Le couple et Mélanie ont pleuré ensemble. Des larmes de joie, de reconnaissance, de soulagement.
Ce n'est pas un cas isolé. Un cousin de cet homme, élève en classe de quatrième, avait abandonné l'école. Deux ans plus tard, touché par les conseils de Tchatchamanie à l'antenne, il avait repris ses études. Au moment du témoignage, il était boursier au Sénégal.
Après chaque Réveil matinal, le téléphone de Mélanie ne s'arrête pas de sonner. Appels d'encouragement. Appels de remerciement. Appels de gens qui veulent simplement lui dire : vous m'avez redonné espoir.
Une professionnelle qui ne triche pas
Mélanie ne fait pas que parler. Elle travaille. Avec une rigueur que beaucoup lui envient.
Elle ne l'a jamais caché : quand elle postule à un concours de meilleures productions radiophoniques, elle gagne. Toujours. Et son palmarès donne le vertige : troisième prix au concours VIH-SIDA du PNLS en 2002. Deuxième prix du concours Be a part of it de Plan International en 2004. Premier prix de la meilleure production du Programme National de lutte contre la Tuberculose en 2009, puis deuxième prix au même concours en 2010, en 2016 et en 2017. Meilleure émission radio sur la promotion des valeurs du Ministère du Travail, de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative et Institutionnelle (MTFPRAI-DS) en 2013. Premier prix du concours RIFONGA sur le projet Zenzen en 2014. Meilleure productrice du projet PSDCC en 2017. Deuxième prix FeRCAB en 2020, et la même année, premier prix ACCESS.
Douze distinctions en vingt ans. Aucune défaite.
Cette exigence se retrouve jusque dans les rapports d'activités. Lorsque Radio Lalo exécutait le contrat avec le projet PSDCC, les radios devaient fournir des rapports trimestriels. Au deuxième trimestre, le responsable de communication du projet, Wilfried ADOUN, a pris le rapport de Mélanie, l'a brandi devant tous les autres et a déclaré : « Prenez le rapport de Madame ATCHAHOWE et regardez. Pour les fois à venir, ce sera comme ça. »
Mélanie a le sens de la « conception », cette capacité rare à penser la forme autant que le fond, à structurer, à mettre en valeur, à donner du poids aux mots et aux chiffres. Un atout silencieux qui donne un coup de pouce décisif à sa radio.
La mère que l'on n'a pas eue
Il y a dans le témoignage du couple de Toffo une phrase qui dit tout : « Vous êtes plus qu'une mère pour nous. »
C'est peut-être là que se trouve le secret de Tchatchamanie. Elle ne fait pas de la radio pour informer, elle fait de la radio pour prendre soin. Ses auditeurs ne sont pas un public ; ce sont des gens qu'elle accompagne, qu'elle console, qu'elle secoue parfois, qu'elle encourage toujours. Sa voix, reconnaissable, est pour des milliers de personnes dans le Couffo le premier son réconfortant du matin.
Alexandre Comlan HOUESSOU, aujourd'hui Rédacteur en chef de Gasu FM à Djakotomey, se souvient de l'époque où, enfant, il écoutait Radio Lalo avec son père. Il ne comprenait pas encore le fon, mais il y avait quelque chose dans cette voix, une chaleur, un magnétisme qui le captivait. Des années plus tard, devenu professionnel, il a travaillé avec Mélanie à la Radio Rurale Locale de Lalo. Elle l'a pris sous son aile, lui a transmis les ficelles du métier avec patience et générosité, l'a encouragé à poursuivre ses rêves. C'est grâce à elle qu'il a développé ses compétences de producteur et remporté son premier prix en journalisme, celui qui lui a ouvert les portes de la profession.
Pour Alexandre, Mélanie est une « voix d'or et un cœur en or ». Une icône de la radio béninoise dont l'héritage vivra à travers les générations.
L'Amazone couronnée
En 2025, à Abomey, la Reine TASSI HANGBE a décoré Mélanie ATCHAHOWE du titre de meilleure femme amazone. Le symbole est puissant : dans la ville même où les Amazones du Dahomey ont écrit l'histoire, une femme de radio a été reconnue comme leur héritière, non pas pour avoir porté les armes, mais pour avoir porté la voix.
La même année, la FeRCAB et le RefeRCAB lui ont rendu un hommage officiel.
Mélanie ATCHAHOWE est la doyenne des femmes encore en activité dans les radios communautaires du Bénin. Là où d'autres auraient depuis longtemps raccroché le micro, elle continue, avec la même passion, la même discipline, la même voix qui fait courir les vieilles dames sur sept kilomètres et pleurer les couples réconciliés.
Elle a formé des jeunes. Elle a inspiré des carrières. Elle a reconstruit des foyers brisés. Elle a redonné l'espoir à des cœurs meurtris. Elle a remporté tous les concours qu'elle a tentés. Et chaque matin, elle se lève, elle s'assoit devant le micro, et elle recommence.
Parce que pour Tchatchamanie, la radio n'est pas un métier. C'est une mission.
Et cette mission, elle l'accomplit avec une grâce que seuls les auditeurs du Couffo connaissent vraiment.
Portrait réalisé dans le cadre de la campagne « Les Amazones du Micro Communautaire» — Mars 2026 FeRCAB — Centre de Formation et de Coproduction (CFP) | YAMARO Gaston.