« Ce qui est particulièrement fascinant dans son parcours, c'est sa capacité à concilier sa vie de femme au foyer et de mère de famille avec les exigences techniques de la radio. » — Oboubé Blanchard DJOSSOU, Manager de la Radio FM Ahémé
Être technicienne dans une radio communautaire, ce n'est pas un métier de bureau. C'est un métier de veille. Ablavi découvre très vite les horaires atypiques : la console jusqu'à minuit, le réveil à cinq heures du matin pour l'ouverture d'antenne. Les premiers mois sont rudes. Le corps proteste. Mais la passion est plus forte que la fatigue.
L'amazone qui n'était pas prévue
Personne ne l'attendait à la technique. Quand Ablavi SESSOU franchit pour la première fois les portes de la Radio FM Ahémé de Possotomè, c'est en qualité de stagiaire au secrétariat de direction. Un poste discret, administratif, à bonne distance des consoles et des câbles. Le genre de rôle où l'on classe, où l'on accueille, où l'on observe, sans forcément imaginer la suite.
Et pourtant, il y a eu une suite. Il y en a toujours une, quand la curiosité ne dort que d'un œil.
Du bureau d'accueil à la cabine technique
Son dynamisme ne passe pas inaperçu. Elle est vite affectée au service des relations publiques, là où la radio rencontre ses auditeurs, ses visiteurs, sa communauté. Elle apprend à écouter avant de parler. Elle apprend surtout que derrière chaque voix qui sort du poste de radio, il y a un monde entier de câbles, de fréquences, de boutons et de réglages qu'elle ne connaît pas encore. Et puis un jour, tout bascule.
Albert Cassius GAZARD, le chef du service technique, a une urgence. Il faut quelqu'un pour assurer la permanence en cabine. Il se tourne vers Ablavi. Reste là. Je vais te montrer. Il lui montre les boutons. La console. Les gestes. Le tempo.
Ce jour-là, Ablavi SESSOU touche pour la première fois à la technique radio.
Ce jour-là, quelque chose s'allume et ne s'éteindra plus.
La lettre qui a tout changé
Beaucoup auraient rangé cette expérience dans un tiroir. Un dépannage, un moment curieux, une parenthèse. Pas Ablavi. Elle prend un stylo et écrit au Directeur. Une demande officielle, nette, claire : elle veut être affectée au service technique. Elle veut apprendre. Elle veut comprendre. La réponse est oui. Et c'est là que commence le vrai combat, celui qu'on mène contre les habitudes, contre les regards, contre l'idée bien installée que la technique radio est un territoire d'hommes.
Minuit à la console, cinq heures à l'antenne
Être technicienne dans une radio communautaire, ce n'est pas un métier de bureau. C'est un métier de veille. Ablavi découvre très vite les horaires atypiques : la console jusqu'à minuit, le réveil à cinq heures du matin pour l'ouverture d'antenne. Les premiers mois sont rudes. Le corps proteste. Mais la passion est plus forte que la fatigue.
Ce que ses collègues et son manager constatent avec admiration, c'est qu'Ablavi ne fait pas que tenir, elle s'adapte. Mère de famille, femme au foyer, elle jongle entre ses responsabilités domestiques et les exigences d'un métier qui ne connaît ni week-end ni horaires fixes. Oboubé Blanchard DJOSSOU, le manager de FM Ahémé, parle d'un engagement professionnel peu commun. Et le mot n'est pas trop fort.
Car Ablavi n'a pas appris la technique dans une école. Elle l'a apprise sur le terrain, console après console, panne après panne, nuit après nuit. Guidée par Albert Cassius GAZARD, encouragée par l'ensemble de l'équipe, elle a gravi les étapes par la seule force de la persévérance et de la curiosité.
La gardienne du temps
Ceux qui travaillent avec elle le savent : Ablavi ne plaisante pas avec la grille des programmes.
Dans les premières semaines à la technique, elle a pris une habitude qui a marqué les esprits, et quelques egos. Quand un animateur dépassait le temps imparti pour son émission, Ablavi n'attendait pas. Elle retirait le micro. Sans négociation. Sans diplomatie excessive. Le programme, c'est le programme.
Ça a créé des frustrations, bien sûr. Ça a aussi créé un surnom.
Ses collègues l'ont baptisée la gardienne du temps. D'autres, plus inspirés encore, l'ont appelée l'amazone SESSOU.
L'amazone. Ce mot, lancé comme une boutade de couloir, dit pourtant l'essentiel. Il dit la force. Il dit le courage. Il dit cette manière qu'a Ablavi de ne pas reculer, même quand on ne l'attend pas, même quand on ne l'imagine pas, même quand on préférerait qu'elle reste à sa place. Mais la place d'Ablavi, c'est celle qu'elle se donne.
Ce que l'homme peut faire
Quand on lui demande ce que son parcours lui a appris, Ablavi SESSOU répond avec une conviction tranquille : ce que l'homme peut faire, la femme peut aussi le faire, à condition d'avoir la volonté et la détermination.
Ce n'est pas un slogan. C'est un constat vécu, éprouvé dans la sueur des nuits blanches et la rigueur des matins d'antenne. C'est un message adressé à toutes les jeunes femmes du Bénin, et d'ailleurs, qui n'osent pas encore pousser la porte de la cabine technique, parce que personne ne leur a dit qu'elles y avaient leur place.
Ablavi, elle, ne l'a pas attendu. Elle a poussé la porte elle-même.
Ce que FM Ahémé a trouvé en elle
Son manager, Oboubé Blanchard DJOSSOU, résume le parcours d'Ablavi en une phrase qui vaut mieux qu'un diplôme : les talents ne se fabriquent pas uniquement dans les écoles, ils se révèlent aussi dans la persévérance, la curiosité et la volonté d'apprendre.
Ablavi SESSOU n'avait pas le profil prévu. Elle n'avait pas le parcours classique. Elle n'avait pas le genre attendu.
Elle avait mieux que tout cela. Elle avait l'envie. Et dans une radio communautaire, là où tout se construit avec peu de moyens mais beaucoup de cœur, l'envie est la ressource la plus précieuse qui soit.
En ce mois de mars 2026, la campagne Les Amazones du micro Communautaire rend hommage à celle que ses propres collègues avaient déjà nommée amazone, bien avant nous.
Ablavi SESSOU. La gardienne du temps. La technicienne qui s'est choisie elle-même.
Portrait réalisé dans le cadre de la campagne « Les Amazones des Voix Communautaires » — Mars 2026 FeRCAB — Centre de Formation et de Coproduction (CFP)| YAMARO Gaston